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Le chat de Zurako, suite.
lundi 2 avril 2012, par
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Voici la suite promise hier.
Merci aux deux assidus qui m’ont écrit pour me demander plus amples informations sur le jôdan , ce genre poétique japonais qu’ils ignoraient jusqu’alors.
Et pour cause : Jôdan signifie en japonais “grosse blague” ; c’était ici pure invention de ma part.
En effet, je me sens souvent agacé, voire agressé par ces poètes constipés de l’inspiration, qui vous assènent leur haïku moins fatigant et plus vite torché qu’un laborieux sonnet, pardi ! Pour eux, le Japon lointain et raffiné, ça vous auréole d’une touche savantasse d’exotisme, vous pensez, c’est “poétiquement correct, étiqueté par les modes, l’université, les copinages, le snobisme du rare et de l’incongru. ” [1]
Sauf que le haïkaï ne correspond à rien dans notre langue qui ne partage ni la syntaxe ni le rythme ni la respiration du Japonais ; ce dernier se décide dans l’impair (les vers du haikai font 5,7,5 syllabes) tandis que notre prosodie s’épanouit surtout en rythme pair, même dans la plupart des vers prétendus libres.
Bref, de l’hexagonal salonard !
En fait, je désirais m’entrainer aux RIMES BABÉBINES. Je m’en amusais chez les collègues poètes mais orchestrais mal ces jeux de mots. Savez-vous ce que c’est ?
Voici comment Jacques Charpentreau les définit dans son Dictionnaire de la Poésie Française : “les rimes babébines gardent l’identité de la consonne d’appui mais en changeant les voyelles” dans “l’ordre alphabétique : a, e, i, o, u, celui qu’on utilise dans l’apprentissage de la lecture pour les combiner avec des consonnes ba ; be ; bi…” [2]
Et Charpentreau d’offrir maints exemples pertinents dont ce quintil de Jean-Luc Moreau, Le Loup et les bœufs [3]
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Que les bœufs soient gras,
Je leur en sais gré,
Disait le loup gris,
Mais qu’ils soient si gros,
C’en est incongru !
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On l’aura compris d’emblée : les rimes babébines se déclinent obligatoirement par ensemble de cinq dans l’ordre alphabétique français a, é, i, o, u, ( différent de l’ordre nippon : a,i,u,é,o…), sinon elles deviendraient de maladroites contre-assonnances de hasard.
L’intérêt du quintil ci-dessus, c’est que Jean-Luc Moreau chante en pentasyllabes, mètre peu utilisé en prosodie française si bien que son poème y gagne une rare élégance technique : cinq vers de cinq syllabes, 5x5 = 25…
C’est mathématiquement rond !
Imaginons maintenant un essai selon ce modèle : Frayeur féline
Un chat angora
S’enfuit apeuré
Des criailleries
Rugies du bar au
Milieu de la rue.
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Une scène de genre ?
Bof ! Pas de quoi soulever le cœur, hein !
Traduisons–le en approximatif japonais,
バーからの叫びに怯えアンゴラ猫が走った,
présentons–le comme parangon d’un genre rare, le jôdan, et composé par une poétesse nommé Zurako Ita , c’est à dire itazura, qui signifie plaisanterie (avec un –ko féminisant) et
déception des franchouillards Trissotins tatamisés.
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Japon, Hiroshima, détail de toiture aztèque©Bandabono.
Et la blague d’hier, l’aurais-je oublié au profit de mon chat ? Pas du tout !
Il y avait bel et bien du poisson dans cette histoire : c’est celui que le chat angora avait dévoré en cachette, ce qui avait soulevé la colère de la patronne du bar, ses cris, d’où la fuite du chat…
******* L’ami Moreau m’envoie ce message complémentaire :
Bravo pour ton blog, cher Robert, je le retrouve toujours avec autant de plaisir. Je ne sais pas si je t’ai déjà envoyé ces miennes baberimes que Jacques n’avait pas osé mentionner. Excuse-moi si c’est une redite ;
Avoir dit que le pape aUn toutou qui jappe peuMais pète en faisant pipiDans le fleuve LimpopoMe choque, et qu’on ait pu pu-Blier ça , c’est le pompon.……
Champion, hé !
[1] Jacques Charpentreau , Le Coin de table n° 49, p.68.
[2] Jacques Charpentreau, pages 87 et 88 du Dictionnaire, Fayard, 2006
[3] Jean-Luc Moreau, Poèmes à saute-mouton ©Livre de poche Jeunesse, Fleurs d’encre, Hachette 2003
Robert Vigneau : le blog !