Robert Vigneau : le blog !

Portraits au Grand Palais

dimanche 19 novembre 2006 par Robert Vigneau

Portraits Publics, Portraits Privés, au Grand Palais, Paris, automne 2006. L’exposition porte sur soixante ans de l’art du portrait, surtout anglais, de 1770 à 1830…

A l’étage, une vaste salle avec d’amples tartines paysagères. Mes genoux fatiguent. J’avise une large banquette centrale. Ouf ! Je m’écroule face à un rutilant Gainsborough.

Un couple grisonnant prend place dans mon dos. Ils examinent un tableau que je n’aperçois pas.

- Tiens, celui-là, ils ont laissé la vitre dessus, dit le monsieur.

- Peut-être la matière de la peinture en est-elle fragile, explique la dame. Mais on voit très bien. Ça ne fait pas de reflet.

Est-ce de surdité ? Ils parlent un peu fort.

- Tu te rends compte de la dimension du truc, ajoute le monsieur. Un vitrage pareil, avec l’épaisseur du cadre en plus, ça doit pas rien peser en cacahouètes, cette bricole au total !

La dame ne répond pas. Un temps. Puis le monsieur :

- Je vois pas comment ils l’ont amené ici.

La dame ne répond toujours pas. Un temps.

- Comment ils ont fait pour fixer tout ça ? se demande le monsieur. Pas du nanan hé ! Des professionnels.

Un long silence.  Le monsieur souffle, accablé.

- C’est beau, dit la dame. C’est émouvant, je trouve.

- Oui, mais ça doit être vachement lourd, hé ! dit le monsieur. On continue ? La salle suivante ?

- Si tu veux, dit la dame.

Dès qu’ils se lèvent, deux dames se précipitent à leur place. Des copines, la quarantaine, genre mères de famille sportives. Elles soupirent. Voix vives, à la limite de l’énervement.

- Décidément, les musées s’antillisent ! dit l’une.

- S’antillisent   ? s’étonne l’autre. Qu’est-ce que tu veux dire par là, Martine ?

- S’antilliser, ça veut dire que ça devient antillais, explique Martine.

- Mais non, cette salle, c’est plutôt peinture anglaise.

- Tu vois pas les gardiens, leur couleur ? Ils arrivent tous de Guadeloupe, Martinique.

-  Antilliser… Je connaissais pas ce mot.

- C’est mon mari qui dit comme ça.

- Vous allez souvent en vacances là-bas, non ? Les plages… 

- Alain ne veut plus y aller. Il trouve le service détestable. Limite raciste anti-blanc, tu vois ! Maintenant on va en Jamaïque. Anglophone, c’est très bien pour les enfants : ils pratiquent. Toujours les Caraïbes, mais organisé en club-vacances donc moins cher. À Kingston, les gens sont moins paresseux qu’à Fort-de-France.

- Tu exagères !

- Tu as vu les deux gardiens en haut des escaliers ? Pas couleur d’Auvergnats, hé ! pur caramel des Antilles ! Visible. Ils gardaient quoi ? Rien du tout ! Irresponsables. Qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils discutaient. Ils comparaient leurs feuilles de Sécu. A haute voix. Sans se gêner. Des visiteurs, ils s’en foutent. Ils travaillent à l’antillaise !

- Ne me dis pas que tu tournes raciste, Martine !

- Pourquoi ? J’en fais pas une question de couleur de peau.

- Ça y ressemble, Martine…

- Qu’est-ce que tu vas chercher là, Véronique… Mais non, c’est le climat des îles qui veut ça.

- Mais la Jamaïque, Martine, c’est aussi une ile !

- Tu ne peux pas comprendre. Tu n’y as jamais mis les pieds, aux Antilles. Bien sûr, toi, avec ta maison de l’Aveyron !

- Tu ne vas pas me reprocher notre maison de Conques, Martine ! On la tient de famille…

- Ça suffit pour cette salle, ma chérie. Si on continuait ? 

Elles se lèvent et s’en vont.

 

Voilà pour les portraits privés. Les autres, portraits publics, présentent des personnes en habits de personnages. 


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