Salaire de l’avocatier : septembre sur l’arbre !

lundi 2 juillet 2018
par  Robert Vigneau
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Depuis plus de trois décennies, je compose un calendrier de MES boissons ou nourritures pour présenter les vœux de saison aux francophones en mon cœur. Ces douze quatrains, un par mois, célèbrent des émotions, des parentèles ou des événements privés, lointains, disparates, parfois même si personnels qu’ils ont pu sembler obscurs aux récipiendaires.
En contrition, voici quelques précisions ou détails, souvent d’ordre intime ou familial, susceptibles d’éclairer le contexte de ces confidences. Et puis, ça me fait plaisir de raconter ces bribes. Cette fois, il s’agit de mes fruits sur l’arbre, calendrier de maraudes, paru en la fermentation de 1998. La plupart sont situés tant ils renvoient à des souvenirs précis qu’il me suffira donc ici d’évoquer …

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salaire de maraude

 
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Éberlué, le maraudeur
 
Dépouillant notre avocatier
 
De partir payé du labeur
 
Quand je lui remis sa moitié !

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La scène eut lieu à Freetown, Sierra Leone, dans les années 1980 ; j’enseignais au fameux Fourah Bay College. Nous habitions, restauré par nos soins, un de ces somptueux bungalows que l’armée anglaise avait jadis dressés sur la falaise pour surveiller la baie portuaire. Des jardins en terrasses, foisonnant par l’usage mais aucune barrière, aucun mur, nulle enceinte en cette Afrique généreuse : normal que passant, passante tende en chemin la main vers une mangue désaltérante…

Parmi les fruitiers affirmés, un avocatier, croulant de fruits. Mamadou cueillait ceux qui lui paraissaient à maturité et, comme de coutume, les répartissait entre nos diverses bouches à nourrir, celles de la maison et celles des familles des employés.

Un dimanche, nous étions partis pique-niquer avec les enfants à la plage et comme nous devions en revenir tôt, n’avions laissé personne pour garder la maison. Surprise donc, à notre retour, de surprendre un énergumène juché dans l’avocatier devant notre porte, en train de remplir un grand sac de jute de tous les fruits qui lui tombaient sous la main. Hâte typique du voleur : pillage méthodique mais surtout sans soin : il raflait n’importe quoi ! Cependant, perché sur sa branche, impossible de s’enfuir !

Ce n’était qu’un gamin, pétrifié de peur. Attendrissant ! Allais-je appeler la police pour constater le flagrant délit d’un gosse désireux d’aider aussi pauvres que lui ? Il fallut d’abord calmer ses larmes.

Ensuite, je lui appris à choisir seulement les fruits comestibles. L’obligeai à les poser dans son propre sac. Bientôt plein. Mon fils apporta un second sac. Le voleur, toujours tremblant, le remplit de même. Rien que de la première qualité ! Où voulais-je en venir ? Je le fis alors descendre de l’arbre et l’empoignant pour prévenir toute fuite, lui expliqua que nous allions partager la récolte selon les règles en usage : propriétaire de l’arbre, j’avais droit à la moitié des fruits. Mais lui, qui les avait cueillis, avait gagné l’autre moitié par son travail. Qu’il emporte le premier sac !

Je ne crois pas qu’il entendit clairement mon anglais : il s’enfuit bien vite, sans essayer d’entendre mes commentaires commerciaux. Il fallut lui courir après pour le forcer à emporter son sac d’avocats… Que pensait-il de nous ? Ces professeurs étrangers, tous des cinglés ! Des blancs, en plus !

Pourtant, comme j’expliquais ensuite aux enfants : je ne faisais qu’appliquer la règle que j’avais appris et suivi en mon temps d’apprentissage où la moitié du prix de vente revenait à l’exécutant en salaire de son travail au bois d’olivier.

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