Le Mariage de Bertrand

samedi 8 mai 2010
par  Robert Vigneau
popularité : 37%

Tiens, une nouvelle maison d’édition. Allons-y voir ! Aucun rapport avec mon Irlandais de Sholapur ? Ma foi…

Le Mariage de Bertrand, d’Essobal Lenoir (À POIL édit., 2010).

Ces nouvelles m’ont pris par surprise. Je ne reconnais aucun auteur connu, du moins par moi qui ne lis jamais de cette ennuyeuse littérature dite porno.

Bien sûr, j’ai été émerveillé par le second récit, et le troisième aussi, parce qu’ils possèdent une chair reconnue chez les romanciers que je fréquente habituellement. Mais ce n’est pas une raison pour négliger la nouveauté de ton ici rencontrée et particulièrement celui de satire délirante bousculant toutes conventions dans les dernières pages.

Si je me souviens bien de la remarque de Paulhan : « Les critiques vous reprocheront vos innovations qui ne figurent pas chez leurs auteurs favoris. Ne les écoutez pas : c’est là que se trouve votre vérité, votre style ! ». Et la dernière page tournée, voilà un style personnel bien posé : fait de fièvres, de toquades, de calembours, de trouvailles de toutes sortes, d’informations journalistiques sérieuses, d’un monde inventé et rapide avec un sacré plaisir à la lecture mêlant les innovations linguistiques aux jeux de mots, aux contrepets, aux termes désuets ou rares. Chaque phrase vous guette dans son allégresse, ses passés composés de traviole, ses imparfaits du subjonctif imperturbables, ses adjectifs provocateurs. On rigole. On songe à Boris Vian qui parlait, je crois, de "réalité sur tôle ondulée". Ce style va attirer de nombreuses critiques à ce nouvel "hauteur" : qu’il les laisse foudroyer leur désert. Le temps qu’ils s’habituent à ces outrances…

Mais si j’avais un ancêtre à lui accorder, ce serait Rabelais. Excusez du peu. La même invention 1) de langue et 2) de personnages ; et peut-être 3) de monde, ici joyeusement altersexualisé !

Et pour une critique détaillée et sérieuse de cet ouvrage moins gay et moins pornographique qu’il n’y paraît, voyez le compte rendu, remarquable comme d’habitude, de Jean-Yves Alt.

Les nouvelles suivent le cours d’une vie et reflètent donc à peu près l’évolution tout en variété de "l’hauteur" ; on peut y deviner un roman aux parfums de confidences puis d’obsessions fort personnelles.

À mon sens, le plus bouleversant parce que le lyrique me passionne. Mais je n’entends pas dresser un palmarès des nouvelles, même si comme il est normal en pareil cas, on peut en préférer certaines et se montrer agacé par d’autres. Ensuite, il convient de considérer que l’ouvrage est publié dans une collection strictement orientée et dont il faut respecter le cahier des charges altersexuel, même si je serais plutôt tenté de goûter des nouvelles qui échappent à cette thématique un peu rebattue du pédé et consorts : le narrateur ne se limite pas à ce tropisme anal, que diable !

Aussi, je suis persuadé qu’il faut aller jusqu’au bout du livre pour entendre vraiment le style de l’auteur, son délire contrôlé, et finalement sa joie iconoclaste.


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