Un Marcovaldo

vendredi 8 juin 2018
par  Robert Vigneau
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Utile pour ne pas faire un pot de fleurs, cette page est parue en l’été 2007 dans la jolie revue de "La Vache à Émile" grâce aux bons soins de ma chère Hélène Richard. Si la reproduction est dégueulasse, c’est à cause de ma maladresse plus qu’à la fantaisie du scanner. Alors je propose tout d’abord une version lisible avant la photocopie qui suit.

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Un MARCOVALDO

Dans une simple jardinière, je mets de la terre d’avril. Pas de terreau chic en sac, ni de rabatasse de gravats, de sable, de mégots. Non, de la vraie terre impatiente de printemps que j’ai dérobée peu à peu dans les plates-bandes du square, chut !

Je laisse pousser ce qui pousse. Apporté par le vent ? Résurrection d’humus ? J’arrose. Ça pousse. N’importe quoi. Je n’ajoute ni désherbe. Je résiste à la tentation de semer une pincée de lentilles, d’enfouir un noyau de cerise, des yeux de patate. Rien, sinon de l’eau. Juin lève des tiges spontanées dont je ne connais aucun nom. Quelle grâce !

Le salopard de pigeon veut nicher là-dedans. Pas question. Pour l’empêcher d’écraser mon végétal, astuce : j’y parsème des pics à brochette. Déçu, cochon de volaille !

En juillet, je découvre un plant de tomate, deux essais de pissenlit, trois faux trèfles, quatre phylous et cinq zinthrues. Et autres inconnus que je baptise foin, mon cher Watson ! Pas de quoi gaver un bœuf mais foin tout de même. Cependant aucun plantain, dommage ! Ni d’orge…

En août, m’arrive enfin un baobab. Il est rose, il est rond, une bille. Il rougit de jour en jour, il s’accroche à une branche du tomatier. Je le mettrai dimanche dans la salade. Samedi, il a disparu. Salaud de pigeon.

Moi, je m’accoude à la fenêtre face au ciel. Je regarde intactes les saisons de nature sauvage en ville.

Ce genre de jardin spontané se nomme un marcovaldo, en hommage au héros de Calvino…

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Et moi, du balcon je vois du béton, ici je ne vois pas de nature, pas de saisons, les arbres sont toujours verts, je ne vois ni bourgeons, ni fleurs, ni feuilles d’automne , ni l’arbre dénudé de l’hiver. Je suis lasse de ce paysage de carte postale !

G.A., fidèle lectrice, de Cannes (06)


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