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	<title>Robert Vigneau : le blog !</title>
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	<description>Mes coups de coeur et mes coups de sang sur tout et sur rien et r&#233;ciproquement.</description>
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		<title>Robert Vigneau : le blog !</title>
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		<title>Prof !</title>
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		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Confidence d'anniversaire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;Routes : cartons, carnets&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton3370-89c31.jpg?1769805489' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prof ?&lt;/h2&gt;&lt;p align=justify&gt; Quinze ans apr&#232;s avoir pris ma retraite de professeur de fran&#231;ais, j'ai re&#231;u une lettre d'un ancien &#233;l&#232;ve. Il avait subi mon enseignement voil&#224; presque un demi-si&#232;cle. Partant lui-m&#234;me en pr&#233;retraite, il faisait le point sur sa vie ; il &#233;prouvait le besoin de remercier ce jeune prof qu'il avait senti d&#233;cisif dans sa jeunesse. Il lui fallut retrouver ma trace, si &#233;parpill&#233;e sur la plan&#232;te ; peut-&#234;tre &#233;tais-je mort. Plus tard il me raconta sa qu&#234;te, obstin&#233;e, compliqu&#233;e, men&#233;e sans se d&#233;courager. Ce signe du c&#339;ur, venu d'un homme m&#251;r et engag&#233;, m'a boulevers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Alors seulement, j'ai r&#233;alis&#233; que mon gagne-pain de professeur de lettres, je n'avais pas &#224; en rougir. Bien plus, ce m&#233;tier m'avait apport&#233; des plaisirs, peut-&#234;tre des bonheurs que je m'aveuglais de ne pas reconna&#238;tre. En joie, il se trouve depuis d'autres anciens &#233;l&#232;ves qui m'ouvrent les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai jamais d&#233;sir&#233; faire prof ; j'ai longtemps subi la honte de l'&#234;tre devenu. Il fallait bien manger et, litt&#233;raire, je ne savais que faire d'autre. Un pis-aller, ce boulot ! D'ailleurs, je ne l'ai exerc&#233; qu'en pointill&#233; : je fuyais les lyc&#233;es d&#232;s qu'on me proposait d'animer des entreprises culturelles &#224; l'&#233;tranger o&#249; j'ai finalement accompli l'essentiel de ma trajectoire. Je ne revenais &#224; ce corps d'origine administratif qu'entre deux affectations lointaines.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; &#192; seize ans, &#224; Vence, Tsio m'avait r&#233;v&#233;l&#233; ma vocation : tailleur de bois. Nous fabriquions des coupes, des chandeliers, des pr&#233;sentoirs en bois d'olivier. Nous unissions les gestes des charpentiers, sabotiers et sculpteurs. Nos &#339;uvres se vendaient aupr&#232;s des touristes. Cuistrement, je signais en latin mes statues du nom de mon ma&#238;tre :&lt;i&gt; Robertus Cancedda fecit&lt;/i&gt;. En automne, quand le touriste se rar&#233;fiait, je retournais &#224; l'Universit&#233; &#8211; puisque je b&#233;n&#233;ficiais toujours de la bourse d'&#233;tudes qui m'avait d&#233;j&#224; permis de mener une scolarit&#233; secondaire. Je passais les certificats sans go&#251;t, sans m'en rendre compte, sans m&#234;me aller prendre connaissance des r&#233;sultats, assur&#233; de prendre la succession de mon Tsio. L'atelier de bois me reviendrait. Je me gavais de mus&#233;es. J'&#233;pluchais les cath&#233;drales. Je ne r&#234;vais que de sculptures. Je tendais fi&#232;rement mes mains fa&#231;onn&#233;es par les outils. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis Tsio, contraint, fatigu&#233;, ferma notre atelier : les imp&#244;ts &#233;crasaient l'artisan ; les ventes chutaient ; les fabrications industrielles condamnaient d&#233;sormais la taille manuelle. &lt;br class='autobr' /&gt; - Tu ne pourras jamais nourrir une famille dans ces conditions. Fais plut&#244;t professeur !&lt;br class='autobr' /&gt; Tsio r&#234;vait pour moi d'un emploi qui promettait des revenus moins al&#233;atoires. Et m&#234;me des vacances pay&#233;es, la retraite&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; - Professeur ! Nous serons fier de toi ! r&#233;p&#233;tait-il.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la bouche de ce sage quasi-analphab&#232;te qui m'apprit le meilleur de ce que je suis, ces consolations d&#233;cid&#232;rent de mon gagne-pain.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Je m'y r&#233;signais avec r&#233;pugnance. Je ne gardais que des souvenirs haineux des f&#233;rules subies pendant mes sept ann&#233;es d'internat lyc&#233;en. Je passais le concours de l'ENSET qui m'offrait une pr&#233;paration r&#233;mun&#233;r&#233;e et &#224; l'automne 1956, me retrouvais &#224; Dunkerque, nomm&#233; &#224; l'antipode de ma Provence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autant dire en un barbare pays &#233;tranger &#224; une &#233;poque o&#249; n'existaient en France nulle autoroute ni TGV.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Dunkerque, en Flandre : la reconstruction du port s'achevait mais la ville dressait encore ses ruines de guerre envahie d'herbes, alignait les cloisons goudronn&#233;es des baraquements provisoires.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Ce premier poste, pourquoi ? J'avais demand&#233; une affectation entre Paris et Nice. &#201;tait-ce une punition ? &#192; sa premi&#232;re visite, je posais la question &#224; l'Inspecteur G&#233;n&#233;ral. Il rit. L'ignorais-je ? La r&#232;gle exige qu'un fonctionnaire d&#233;bute au plus loin des siens afin qu'il se consacre enti&#232;rement &#224; son m&#233;tier nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
De plus, j'avais b&#233;n&#233;fici&#233; d'une faveur : seul c&#233;libataire masculin de ma promotion &#224; n'avoir pas &#233;t&#233; exp&#233;di&#233; au-del&#224; de la mer, en cette &lt;i&gt;Alg&#233;rie-c'est-la-France &lt;/i&gt; o&#249; la politique de pacification exigeait un saupoudrage d'enseignants. Ne l'avais-je pas remarqu&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt; - Mais pourquoi diable ce privil&#232;ge ? &lt;br class='autobr' /&gt; - Votre rang au concours de sortie. Excellent !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas os&#233; lui avouer que je l'ignorais. Je n'avais m&#234;me pas lu cette liste.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
C'&#233;tait un Lyc&#233;e Technique de gar&#231;ons, pr&#233;parant &#224; des professions de m&#226;les : chaudronnerie, m&#233;canique, carrosserie, &#233;lectricit&#233; auto&#8230; Les rares filles se cantonnaient dans les sp&#233;cialit&#233;s commerciales, caissi&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Je ne me souviens pas dans le d&#233;tail de mes premiers cours, de mes premi&#232;res classes, de mes premiers &#233;l&#232;ves. Pas plus que de ceux qui ont suivi. Chaque trimestre chasse l'autre. Les visages s'effacent dans cet &#233;trange m&#233;tier o&#249; l'auditoire garde imperturbablement les joues lisses, l'&#339;il p&#233;tillant de jeunesse alors que les ann&#233;es vous rident et blanchissent vos cheveux. &lt;br class='autobr' /&gt;
De toute fa&#231;on, je n'enseignais que les meilleures classes en ce Lyc&#233;e Technique de Dunkerque. Tout d'abord, par privil&#232;ge de titulaire national, auquel le Principal r&#233;servait les sections o&#249; il jugeait moins performants les recrut&#233;s locaux &#8211; et je d&#233;couvris avec &#233;tonnement ces subtilit&#233;s hi&#233;rarchiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, tous les &#233;l&#232;ves du second cycle se trouvaient ambitieux, &#224; cette &#233;poque de plein emploi, o&#249; la scolarit&#233; gratuite obligatoire s'arr&#234;tait &#224; quatorze ans. Au-del&#224; de cet &#226;ge, les lyc&#233;ens se trouvaient donc motiv&#233;s, r&#233;ellement volontaires. Et les auditoires limit&#233;s par les d&#233;bouch&#233;s professionnels. Je n'ai jamais rencontr&#233; le moindre probl&#232;me de discipline. J'en redoutais le bousin. En connaisseur pour avoir multipli&#233; moi-m&#234;me tant d'insolences en mes ann&#233;es lyc&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
S'y ajoutait aussi, je crois, un esprit li&#233; &#224; l'enseignement dit technique : les &#233;l&#232;ves passaient de longues heures aux ateliers, ils se coltinaient avec la t&#244;le ou la machine-outil et cela retentissait dans la r&#233;v&#233;rence qu'ils portaient aux disciplines plus abstraites. Ils exigeaient du s&#233;rieux, du solide. Pour la plupart d'origine modeste, ils montraient beaucoup de respect, et d'abord pour eux-m&#234;mes : certains portaient la cravate ; l'uniforme du jeans n'avait pas tout avachi de son d&#233;contract&#233;. L'&#233;cole repr&#233;sentait une promotion, jamais une contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris le m&#233;tier sur le tas. Qu'enseigner ? L'&#233;cole qui nous avait longuement pr&#233;par&#233;s n'en parlait jamais. Avec raison : des publications officielles, minces livrets, d&#233;taillent tout cela ; le programme de l'ann&#233;e, les acquisitions successives, la distribution des heures dans la semaine, le rituel des le&#231;ons, la p&#233;riodicit&#233; des devoirs, tout s'y trouve balis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Il suffit ensuite d'ouvrir le manuel scolaire en usage dans l'&#233;tablissement : il fournit la mati&#232;re, un choix de textes &#224; &#233;tudier accompagn&#233;s des questions qui permettent de les entendre, la progression, les exercices &#224; proposer&#8230; Bref, le gros du travail se trouve m&#226;ch&#233;. Pour les obtus, il existe m&#234;me de confidentiels &#8220; livres du ma&#238;tre&#8221;, vendus sous le manteau, qui dispensent commentaires et corrections.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
En d&#233;finitive, il suffit de s'armer d'un calendrier et de feuilleter le manuel pour tracer pr&#233;cis&#233;ment la navigation d'une classe pour l'ann&#233;e &#224; venir. Je ne sais si mes coll&#232;gues de lettres planifiaient ainsi largement. Pour moi, puisqu'il s'agissait d'appliquer un programme annuel, mon choix de textes, de th&#232;mes, d'acquisitions se trouvait orchestr&#233; d&#232;s la premi&#232;re semaine. N'en est-il pas ainsi pour tout enseignement ? En math&#233;matique, par exemple, les th&#233;or&#232;mes s'encha&#238;nent en n&#233;cessaire progression.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Ainsi l'enti&#232;re partition &#233;tablie, il ne reste plus qu'&#224; l'interpr&#233;ter, l'accomplir, la mettre en orchestre. Le vrai travail du professeur commence. Les &#233;l&#232;ves viennent de s'asseoir dans la classe :&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; - Ouvrez votre livre page 83. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit forc&#233;ment d'une page c&#233;l&#232;bre de notre litt&#233;rature. Mais pour ces jeunes gens &#224; l'or&#233;e de la m&#233;moire, une d&#233;couverte. Chacun est suppos&#233; l'avoir pr&#233;alablement parcourue, pr&#233;par&#233;e &#224; la maison, avoir situ&#233; l'auteur, explor&#233; le texte gr&#226;ce aux questions subsidiaires. Je pourrais leur demander de la lire &#224; voix haute &#224; tour de r&#244;le. Je n'obtiendrai que des &#226;nonnements : rien de moins naturel que de lire ainsi ; la lecture adulte se fait en silence. Au professeur de s'y coller en professionnel : sa mise en voix vaudra d&#233;j&#224; explication du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
L'exemple de Norge, immense po&#232;te, m'a enseign&#233; &#224; dire. Nous &#233;tions voisins &#224; Vence. Il m'aimait bien. Sa femme Denise Perrier r&#233;alisait alors son ample s&#233;rie de portraits de po&#232;tes et me demandait souvent de poser. Je fr&#233;quentais le mas Amadou. Mais il fallait venir avec mes po&#232;mes dans la poche, les lire &#224; ces deux artistes &#224; l'&#233;coute aigue, si exigeants et si simples &#224; la fois. Et si indulgents pour l'apprenti que j'&#233;tais, assis sur le bout des fesses ! Je tremblais. Mais quelle r&#233;compense quand Norge &#224; son tour se d&#233;pliait, ouvrait &#224; sa main un cahier d'&#233;colier et commen&#231;ait &#224; prononcer son po&#232;me de sa voix grave si charnelle. Il avait une fa&#231;on paysanne de lancer les mots, de les &#233;grener, d&#233;tach&#233;s comme des gemmes dans un &#233;crin de silence, ronds, solides, fermes. Les pauses assuraient une scansion pr&#233;cise. &#201;vidence de la po&#233;sie ! Le vocabulaire, si quotidien soit-il, prenait &#224; son &#233;locution une densit&#233; d&#233;finitive, des certitudes de marbre sans &#233;chapper au naturel. L'&#233;motion surgissait. Rien d'&#233;loquent, bien s&#251;r, aucun drap&#233;, nulle emphase ! Jamais la m&#233;lodie fran&#231;aise ne me parut plus belle, plus haute. Je me souviens du soir qu'il lut &lt;i&gt;Fourmi,&lt;/i&gt; que je retrouverai plus tard dans &lt;i&gt;Les Quatre V&#233;rit&#233;s&lt;/i&gt; (Gallimard, 1961)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Une fourmi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fait un trajet&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De cette branche&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; cette pierre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une fourmi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Taille ordinaire &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sans aucun si-&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Gne distinctif&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p align=justify&gt;
Sa diction, ici au d&#233;bit &#224; la fois h&#233;sitant et d&#233;cisif, dessinait l'itin&#233;raire t&#234;tu et saccad&#233;e de la bestiole effar&#233;e porteuse des interrogations du po&#232;te entre &#233;mois et civilisations. Les rythmes vell&#233;itaires de l'insecte exprimaient les stupeurs de l'&#226;me. O&#249; avait-il appris cette ma&#238;trise originale ? Je n'ai jamais os&#233; le lui demander. J'en fis mon bl&#233;. Devant mes classes, ma lecture faisait autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
L'autre personne qui a influenc&#233; mon enseignement, j'ose &#224; peine l'avouer, ce fut C&#233;lestin Freinet, mais oui, le fameux p&#233;dagogue. Un Ven&#231;ois lui aussi, donc voisin. Je me retrouvais souvent &#224; l'&#233;cole du Piouliet chez sa fille Baloule que l'ami Jacques Bens venait d'&#233;pouser. Nous &#233;ditions avec enthousiasme une fr&#234;le revue de po&#233;sie &lt;i&gt;La Chandelle Verte&lt;/i&gt; sur les presses de l'&#201;cole Moderne. Papa Freinet avait l'&#339;il &#224; tout. Je connaissais son &#339;uvre, ses m&#233;thodes. Lui surveillait vivement le po&#232;te en herbe que j'&#233;tais, de plus petit-fils d'un vieux complice de leurs luttes ouvri&#232;res de leurs vingt ans. Un jour, j'osais parler boutique. S'il avait quelques conseils &#224; m'accorder ? Comment prolonger ses techniques dans le secondaire ? Le couperet tomba :&lt;br class='autobr' /&gt; - Je n'y connais rien. C'est &#224; toi d'inventer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai rien invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Qu'inventer dans les programmes d'initiation litt&#233;raire ? Le filet du second cycle se trouvait maill&#233; avec trop de fermet&#233;. On s'y trouvait libre d'explorer comme un poisson dans la nasse. Chaque mati&#232;re cloisonn&#233;e. Certes j'ai tent&#233; quelque collaboration avec mon coll&#232;gue le peintre Bessi&#232;re : en arts plastiques, nos &#233;l&#232;ves construisaient des marionnettes pour lesquelles en fran&#231;ais ils imaginaient canevas et dialogues. Ce qu'on appelle aujourd'hui un atelier d'&#233;criture. Nous nous faisions surtout plaisir. P&#233;dagogiquement, l'aventure n'allait pas loin et ne restait possible que dans les classes de seconde sans urgence d'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Surtout, le professorat ne resta jamais pour moi qu'un gagne-pain ; je n'y appliquais aucune passion. Il suffisait de m'organiser ; cet emploi permettait d'exercer par ailleurs mes deux extravagances : la composition de po&#232;mes et l'animation d'une troupe de th&#233;&#226;tre amateur. Pourquoi bousculer programmes ou m&#233;thodes ? Autant m'y couler de la fa&#231;on la plus confortable possible. Et ce confort passe tout d'abord dans le rapport que l'enseignant entretient avec ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;&#201;videmment, la conduite d'une classe, l'expos&#233; d'une le&#231;on, les mots, les sourires, les r&#233;parties, le contr&#244;le de la vivacit&#233; et jusqu'&#224; la tenue du tableau noir, bref : la mise en &#339;uvre spontan&#233;e, tout refl&#232;te la personnalit&#233; du ma&#238;tre. Chacun agit selon son rayonnement personnel, ce qui ne s'apprend gu&#232;re. Or les &#233;l&#232;ves forment un public f&#233;roce : malheur &#224; l'enseignant qui se pr&#233;sente, br&#233;chet en &#233;trave, avec des pr&#233;tentions de tyranneau ou, pire, en attitude de vaincu, pieds rentr&#233;s, regard fuyant, battu d'avance. Faut-il dompter une classe ? Comment s&#233;duire chaque &#233;l&#232;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
S&#233;duire, &#224; l'&#233;vidence. Or, par nature, dans l'enseignement des Lettres, la relation s'exerce surtout individuellement. Le rituel des devoirs le montre : r&#233;daction, composition fran&#231;aise, dissertation, &#224; tous niveaux l'&#233;l&#232;ve n'&#233;crit son devoir que pour le seul professeur ; cet arbitre sera son unique lecteur. L'&#233;l&#232;ve le sait, pardi. Et quel lecteur ! Un liseur attentif, &#233;pluchant l'orthographe et rougissant les marges de ses appr&#233;ciations. Une autre pratique que la fugace lecture du journal par le p&#232;re de famille ! Et la sanction d'une note qui retentira dans les moyennes, les bulletins, les livrets scolaires, les gloses familiales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
De son c&#244;t&#233;, le professeur passe lui aussi un temps certain &#224; d&#233;chiffrer le devoir de l'&#233;l&#232;ve. Au-del&#224; des lignes, il en &#233;voque le visage sur les bancs attentifs. S'agit-il d'un timide qui n'ose pas lever le doigt en classe ? Ici, il prend toute parole - et c'est lui seul que le professeur &#233;coute en scrutant sa r&#233;daction. Confidentiellement ! Au moment d'&#233;valuer ce travail, puisque une note doit conclure, le professeur ne sera-t-il pas tent&#233; de personnaliser la dose pour encourager ou p&#233;naliser une apparence, une conduite ? Avec le danger de g&#233;n&#233;rer chouchous ou t&#234;tes de turc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
D&#232;s les premiers devoirs que j'eus &#224; parcourir, cette &#233;vidence m'a donc saisi : par le truchement du papier, il s'agit bien d'un t&#234;te &#224; t&#234;te entre le professeur de fran&#231;ais et chacun de ses &#233;l&#232;ves. Une rencontre d'ordre priv&#233;. Je me souviens que je fis alors un simple calcul : si je passe dix minutes sur chaque composition, au bout des six devoirs du trimestre, j'aurais v&#233;cu une heure en t&#234;te &#224; t&#234;te avec cet &#233;l&#232;ve. Dans l'ann&#233;e, trois heures de ma vie. Et combien dans la sienne, lui qui a consacr&#233; plus de dix minutes, certes, &#224; composer son devoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Ce compte d&#233;risoire a influenc&#233; ma strat&#233;gie. Maints coll&#232;gues g&#233;missaient d'un paquet de copies &#224; corriger. Horrible expression ! Je n'ai jamais eu l'impression d'avoir ni paquet ni copies ni la corv&#233;e de corriger. Je voyais plus la pile de devoirs comme du courrier, comme beaucoup de lettres personnelles qui tomberaient soudain ensemble dans ma bo&#238;te et dont nulle ne serait la copie de l'autre&#8230; D'o&#249; l'envie de les lire aussit&#244;t. Qu'auront-ils pens&#233; du sujet que je leur ai propos&#233; ? Que m'ont-ils r&#233;pondu ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Aussi ai-je toujours rendu les devoirs au plus vite. Parfois d&#232;s le lendemain. Le souvenir de leur ex&#233;cution restant encore vif chez les &#233;l&#232;ves, ils profitaient mieux de mon compte-rendu. Peut-&#234;tre aussi, obscur&#233;ment, sentaient-ils que je ne me faisais pas pensum de lire leurs essais. Bref, que leurs efforts int&#233;ressaient leur prof.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Je d&#233;couvris plus tard un autre b&#233;n&#233;fice de cette rapidit&#233; &#224; rendre au plus vite les devoirs : je d&#233;sarmais les retardataires toujours nantis d'une fallacieuse excuse pour arracher un d&#233;lai suppl&#233;mentaire. Mon si prompt compte-rendu les mettait hors-jeu. L'exactitude s'enseigne d'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Tout &#233;l&#232;ve prend &#226;me de disciple, donc : il travaille pour plaire au ma&#238;tre &#8211; encore convient-il que ce dernier se montre avenant. Je l'avance d'exp&#233;rience. En cinqui&#232;me, notre professeur de math se montra si antipathique que je choisis d'&#233;tudier le grec ancien en quatri&#232;me, ce qui me basculait dans la fili&#232;re litt&#233;raire. Mon choix surprit ; on me savait la t&#234;te plus agile dans les &#233;quations qu'en orthographe. Ainsi un ex&#233;crable matheux d&#233;cida-t-il de mon destin de prof de Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Les &#233;l&#232;ves de mes d&#233;buts, il y a plus d'un demi-si&#232;cle, se pr&#234;taient facilement &#224; l'ascendant de leurs ma&#238;tres : les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision n'existaient dans aucune famille. Au fond, hormis la radio, le foot du jeudi et le cin&#233;ma du dimanche, on vivait sous l'empire de l'&#233;crit, comme depuis des si&#232;cles. Je n'imaginais pas, quand il me prenait l'ambition de dupliquer quelque document, maladroit du stencil devant l'engin empestant l'alcool &#224; br&#251;ler, je ne pouvais pas imaginer cette chim&#232;re : une mini imprimante laser command&#233;e par P.C.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;R&#233;trospectivement, j'ai soudain l'impression d'atterrir aujourd'hui dans un univers de science-fiction. Nos &#233;l&#232;ves refl&#233;taient cette soci&#233;t&#233; disparue, franco-fran&#231;aise (aucun enfant issu de l'immigration color&#233;e), hexagonale, immobile d'apparence mais acharn&#233;e &#224; construire&#8230; Chacun aimable &#224; sa fa&#231;on. Les belles-lettres ne constituaient pas leur fort ; on envoyait dans l'Enseignement Technique les &#233;l&#232;ves jug&#233;s m&#233;diocres dans les mati&#232;res g&#233;n&#233;rales. Comment les r&#233;concilier avec le fran&#231;ais ? Ou plut&#244;t : avec le professeur de fran&#231;ais qui affichait en costume crois&#233; un profil de bourreau arm&#233; du couperet des cinq fautes d'orthographe &#233;liminatoires en dict&#233;e et autres g&#233;hennes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Il s'agissait tout d'abord de leur montrer, &#224; ces &#233;l&#232;ves, l'int&#233;r&#234;t personnel que je portais &#224; chacun au-del&#224; de ses prouesses scolaires. Il suffisait d'un peu d'astuce. Ma premi&#232;re ruse, ce fut de souhaiter les anniversaires. Oh ! Rien de flagorneur : d'une fa&#231;on toute p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
J'avais recopi&#233; les dates de naissance dans mon agenda. Ce jour-l&#224;, parmi les &#233;l&#232;ves &#224; noter en le&#231;on, j'interrogeais celui dont tombait l'anniversaire. Savait-il sa r&#233;citation, j'annon&#231;ais hautement qu'il m&#233;ritait telle bonne note mais que je la haussais de quelques points en cadeau d'anniversaire. Ne savait-il pas sa le&#231;on, je d&#233;cidais de ne pas lui infliger la mauvaise note qu'il m&#233;ritait, toujours en cadeau d'anniversaire&#8230; mais tu ne perds rien pour attendre, malheureux. La prochaine fois, h&#233; ! Bien s&#251;r, la prochaine fois, je ne l'interrogeais pas encore mais plusieurs jours apr&#232;s et le voil&#224; contraint &#224; vraiment apprendre ses le&#231;ons pour cueillir la bonne note esp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Plus que le bonus, la classe appr&#233;cia le principe ; la premi&#232;re fois que j'utilisais cette astuce, cela surprit : un prof qui connaissait l'anniversaire de chacun de ses &#233;l&#232;ves ! Bien la preuve qu'il s'int&#233;ressait &#224; eux. Il fallait m'attendre &#224; la question :&lt;br class='autobr' /&gt; - Et votre jour anniversaire, M'sieur ? &lt;br class='autobr' /&gt; - Tous les jours de vacances, pardi !&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Cette strat&#233;gie d'anniversaire se fonde b&#234;tement sur la fameuse fiche de pr&#233;sentation ; d&#232;s le premier contact, d&#232;s le premier cours toujours un peu solennel car les inconnus se jaugent, le professeur demande &#224; ses nouveaux &#233;l&#232;ves quelques informations. Au d&#233;but, je ne cherchais que des renseignements banals qu'une administration soucieuse d'harmonie pouvait me fournir d'avance. Mais l'usage m'a vite enseign&#233; qu'il convenait de cerner plus avant le profil de chacun. Je commen&#231;ais par &#233;crire mon propre nom en capitales au tableau ; puisqu'ils allaient me donner le leur, ne convenait-il pas que je leur indique le mien, &#224; l'orthographe si mal assur&#233;e par ailleurs ? Je les priais ensuite de plier une feuille et la couper en deux pour obtenir un format de fiche. Au recto, deux parties&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
J'attendais que diminue le bruissement d'origami pour signaler qu'&#224; mon sens, quand on se pr&#233;sente, autant le faire avec &#233;l&#233;gance : ceux qui remettraient une fiche d&#233;penaill&#233;e ne d&#233;siraient pas offrir haute opinion d'eux-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Aussit&#244;t, regain d'origami sonore : les minutieux recommencent ou peaufinent leur d&#233;coupage.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Diviser donc le recto de la fiche en deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Dans la premi&#232;re, se trouvaient les incontournables d'identit&#233; : nom, pr&#233;nom, date et lieu de naissance, adresse, profession des parents. Dans la seconde, leur itin&#233;raire scolaire : classes pr&#233;c&#233;dentes, &#233;tablissements fr&#233;quent&#233;s, langues &#233;trang&#232;res, options &#233;ventuelles, sport d'&#233;quipe &#224; l'&#233;cole. Voire profession envisag&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Je les avertissais que la troisi&#232;me partie &#233;tait plus personnelle ; d'ailleurs, on l'&#233;crirait au verso. Je la tiendrais pour strictement confidentielle et laissais chacun libre de taire les confidences que je sollicitais en toute discr&#233;tion. Handicap peu visible (asthme, lunettes, surdit&#233;) ? Famille &#233;clat&#233;e ? Recompos&#233;e comment ? Composition de la fratrie familiale ? Disposition d'une chambre individuelle ? Moyen de transport et temps pass&#233; pour venir &#224; l'&#233;cole ? Sport pratiqu&#233; en dehors de l'&#233;cole ? Fr&#233;quence des entra&#238;nements ? Une collection ? Une passion particuli&#232;re ? Le livre pr&#233;f&#233;r&#233; ? Le film inoubliable ? Le plus lointain voyage ? Et tout autre trait dont chacun jugerait utile d'informer son professeur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Non seulement jamais nul ne se montra r&#233;ticent &#224; r&#233;v&#233;ler des aspects ext&#233;rieurs au cadre scolaire, mais certains en rajout&#232;rent dans la confidence, comme par soulagement. Ils comprenaient que je me proposais d'enseigner des personnes plut&#244;t qu'une mati&#232;re, des &#233;l&#232;ves plut&#244;t que le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Je compl&#233;tais ce rituel par un stratag&#232;me de dompteur. J'avais griffonn&#233; un plan de la classe. Pendant que chacun remplissait sa fiche, je passais entre les trav&#233;es, m&#233;morisant subrepticement quelques noms et les situant en douce sur mon croquis. Facile alors, de mon estrade de m'adresser &#224; Vinay, l'inconnu du troisi&#232;me rang &#224; gauche, en le regardant droit dans les yeux, facile de le prier de ramasser les fiches. Comment diable savais-je d&#233;j&#224; son nom ? Nul ne comprenait. Je r&#233;p&#233;tais cette personnalisation avec quelques autres &#233;l&#232;ves &#233;pingl&#233;s ici et l&#224;, laissant imaginer que je connaissais d&#233;j&#224; le nom de tous les visages. Cela troublait, impressionnait, inqui&#233;tait. Ainsi prenais-je d'embl&#233;e le contr&#244;le de cette classe d'inconnus qui ne m'apercevraient gu&#232;re sourire avant que mon emprise soit &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;&#192; la fin de ma carri&#232;re, la mixit&#233; s'&#233;tant impos&#233; dans l'enseignement, j'avais remarqu&#233; que certaines filles h&#233;sitaient &#224; chausser leurs lunettes. J'ai alors appr&#233;ci&#233; de compl&#233;ter cette prise de contact en proposant une jolie page de Jacques Bens, tir&#233; de &lt;i&gt;La Cinquantaine &#224; Saint-Quentin &lt;/i&gt; (Seghers, 1989).&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; - Quel titre donneriez-vous &#224; ce texte, Messin ? &lt;br class='autobr' /&gt; - Les femmes &#224; lunettes, M'sieur ? &lt;br class='autobr' /&gt; - Bien s&#251;r ! Boissier, pouvez-vous en r&#233;sumer l'id&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt; - L'auteur explique qu'il aime les femmes &#224; lunettes.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; - Pourquoi ? D'o&#249; provient leur charme ? Non, ne levez pas tout de suite le doigt ! Je relis une autre fois. Notez les mots inconnus ou difficiles. Quelles diff&#233;rentes raisons donne-t-il ? N'y voit-il pas quelque danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Ainsi de lecture en relectures et de questions pour diriger l'&#233;coute, la classe se familiarisait avec un vocabulaire subtil, un style ais&#233; mais pr&#233;cis, d&#233;finissait un ton, cernait des remarques originales, apprenait l'usage de conclusion en forme de chute. Et quand je parvenais &#224; faire reconstituer, bribe par bribe, quelques-unes de ces phrases m&#233;moris&#233;es d'oreille, alors oui, j'avais gagn&#233; mon nouvel auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Mais la vraie victoire se r&#233;v&#233;lait au cours suivant : les filles osaient tirer leurs lunettes du cartable. Et je citais de m&#233;moire : &lt;i&gt;il y a dans les regards prot&#233;g&#233;s par des verres, une sorte de profondeur, ou plut&#244;t de distance qui me para&#238;t de nature &#224; faire na&#238;tre la s&#233;duction&lt;/i&gt;. La classe souriait, mesurant sourdement que la litt&#233;rature apprend &#224; voir plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, inconnus d'hier, nous nous sentirons aujourd'hui apprivois&#233;s, quand, mon ascendant &#233;tabli sur la meute, je me permettrai la faiblesse d'une pause, je trouverai l'occasion de lancer &#224; la classe, comme en apart&#233;, ce calcul : nous passons ensemble quatre heures par semaine. Dans l'ann&#233;e scolaire de trente semaines, cela donne un total de 120 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
120 heures ? C'est-&#224;-dire cinq fois 24 heures, non-stop, cinq jours pleins, en t&#234;te &#224; t&#234;te. Imaginons d'ajouter &#224; ces cinq jours d'horloge, les douze heures quotidiennes que vous prennent sommeil, repas, r&#234;veries et autres n&#233;cessit&#233;s, notre &#233;change se monte en r&#233;alit&#233; &#224; plus d'une semaine ! H&#233; oui, nous passons ensemble une semaine compl&#232;te. Et quelle semaine ! Une semaine active, aigu&#235;, sans temps mort, une semaine &#224; &#233;tudier, &#224; &#233;changer, &#224; nous frotter les t&#234;tes d'attention soutenue ! Vos parents n'ont certainement pas ma chance. Vous les croisez matin et soir mais dans l'ann&#233;e, avez-vous avec eux un dialogue aussi divers, aussi long et aussi soutenu que le n&#244;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;&#192; mes d&#233;buts dans le professorat, dans les ann&#233;es cinquante, le prof gardait encore figure de notable. Selon son enseignement, il portait costume cravate comme un notaire ou bouse blanche comme le m&#233;decin. Il appelait ses &#233;l&#232;ves par leur patronyme. Moi, je les vouvoyais ; &#224; peine moins jeunes qu'eux, cette courtoisie &#233;tablissait une distance strat&#233;gique : elle les valorisait certes mais en les d&#233;sar&#231;onnant de leur &#233;tat d'enfant qu'on tutoie d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Vingt ans plus tard, quand je revins dans un lyc&#233;e, la mode soixante-huitarde imposait ses convenances. D&#233;contraction du jeans et du blouson. Le tutoiement obligatoire. Entre profs, soit ! Et aussi de prof &#224; &#233;l&#232;ve, tiens ! Mais parfois, je le r&#233;alisais avec effarement, d'&#233;l&#232;ve &#224; prof. On ne s'appelait plus que par le pr&#233;nom. J'arrivais d'une Universit&#233; africaine anglophone britichement guind&#233;e, autant dire de la lune. Je regardais de loin ces fa&#231;ons de sans-culotte et persistais dans mes usages vieille France. Au coll&#232;gue qui me tutoyait d'entr&#233;e, je ne quittais pas le voussoiement pour lui r&#233;pondre. Je n'ai jamais tutoy&#233; un lyc&#233;en. &#192; mes &#233;l&#232;ves je n'apparaissais obstin&#233;ment qu'en costume de c&#233;r&#233;monie, complet /veston /cravate. &#192; ma surprise, au bout de quelques semaines, certains os&#232;rent m'imiter, portant cravate fi&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Je n'ai jamais pu mener un cours assis derri&#232;re un bureau juch&#233; sur une estrade. De toute fa&#231;on, les estrades disparurent bient&#244;t. Je ne m'en rendis pas compte. J'arpentais les trav&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voil&#224; assez, je gage, sur ce jeune prof incertain face &#224; la classe nouvelle que je redoutais de transformer en roquets aussi r&#233;tifs que je le fus moi-m&#234;me en mon temps lyc&#233;en. Comment enseigner le fran&#231;ais, mati&#232;re r&#233;put&#233;e r&#233;barbative dans l'enseignement technique ? Entreprise pulv&#233;rulente ! Litt&#233;rature, grammaire, proc&#233;d&#233;s de l'&#233;crit, expression orale, orthographe, syntaxe, vocabulaire, &#233;locution, connaissances g&#233;n&#233;rales, techniques narratives, apprentissage de la lecture, le prof de fran&#231;ais dispense (saupoudre ?) une multitude de disciplines prot&#233;iformes. Cependant, les directives minist&#233;rielles codifient cette farine et, en d&#233;finitive, la r&#233;duisent &#224; deux ambitions : la lecture et l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Pour la lecture et l'explication de texte, le choix appartient au professeur &#224; l'int&#233;rieur de larges suggestions. J'ai toujours privil&#233;gi&#233; textes et auteurs classiques. Ronsard, Le Cid, Voltaire, Vigny, Verlaine. Si on ne les d&#233;couvre pas &#224; l'&#233;cole, quand les lira-t-on ? Ils font bagages de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;J'aimais bien la mise en &#339;uvre de ce qu'on appelait l'explication de texte. Bien s&#251;r, je choisissais une page que j'aimais, que je d&#233;sirais faire aimer. Mais l'exploration d'un texte au lyc&#233;e diff&#232;re de l'explication doctorale en amphi universitaire. L'intimit&#233; d'une classe invite &#224; partager la parole ; le prof la suscite, la rend contagieuse, l'oriente. Il tient r&#244;le d'animateur s'il se souvient du Socrate anim&#233; par Platon. Certes, la veille, j'avais pr&#233;par&#233; mon affaire, mais l'exp&#233;rience m'a vite appris &#224; estomper notes et plan. Oui, j avais dispos&#233;s mes strat&#233;gies sur cette fiche ; oui, je tiens la fiche entre les doigts ; pourtant, elle ne me servira qu'&#224; poser les premi&#232;res questions. La suite devient improvisation dirig&#233;e en souplesse. Je pensais &#224; la connivence &#233;ploy&#233;e par les jazz-bands New-Orleans, dont je me droguais alors. J'avais l'impression de me transformer en maestro de la spontan&#233;it&#233;. La d&#233;couverte montait des &#233;l&#232;ves mais j'en &#233;tais l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Un sonnet de Du Bellay, quand j'avais conduit la classe &#224; le d&#233;cortiquer puis demand&#233; &#224; chacun de refermer son livre, nous le restituions de m&#233;moire &#224; voix crois&#233;es : cela tenait du jeu. Les &#233;l&#232;ves s'&#233;merveillaient : ils r&#233;citaient par c&#339;ur sans avoir appris. Allons, l'&#233;tat de gr&#226;ce avait eu lieu. J'&#233;tais heureux. Eux aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Au contraire de la lecture, l'apprentissage de l'&#233;criture fait ren&#226;cler. On se trouve sans id&#233;e. On tremble sur des usages, des accords. Cela obligeait &#224; improviser des proc&#233;d&#233;s plus ludiques que p&#233;nalisants. Tr&#232;s vite, j'ai pratiqu&#233; ce que j'appelais la double correction.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
L'orthographe, par exemple, qui semait la terreur et se ch&#226;tiait vigoureusement. On parle toujours de &lt;i&gt;faute&lt;/i&gt; d'orthographe, notion morale &#8211; pourquoi pas de &lt;i&gt;p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt; d'orthographe ? &#8211; alors qu'il ne s'agit que d'&#233;tourderie, d'erreur ou d'ignorance. Aussi ne lisais-je les r&#233;dactions qu'en jugeant du fond mais pour le reste je me bornais &#224; souligner les erreurs d'usage (un trait), d'accord (deux traits), de style (trait ondul&#233;). Et je mettais la note en vert provisoire. En effet, au cours suivant, lorsque je rendais les copies, chacun devait corriger au crayon ses erreurs soulign&#233;es : les comprendre avant de les remplacer par l'heureuse tournure. La classe fourbissait alors d'un bouillonnement d'entraide et de comp&#233;tition. Je sanctionnerais ces corrections par la note d&#233;finitive, en rouge, qui haussait, le plus souvent, le vert de la note provisoire. Ce double contr&#244;le me prenait moins de temps que d'&#233;crire dans la marge les formulations convenables &#8211; que les &#233;l&#232;ves ne regarderaient que d'un &#339;il d&#233;coratif.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Sortir du terrorisme de l'orthographe ! Normal de vous tromper, leur r&#233;p&#233;tais-je. Sinon, &#224; quoi je servirai ? H&#233; ! Bienvenues les erreurs, &#231;a vaut du fric : vous venez &#224; l'&#233;cole pour apprendre &#224; les rep&#233;rer donc &#224; les &#233;viter. Gratos !&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;D'ailleurs, ici, vous ne recevrez qu'une note comme r&#233;tribution de votre effort - la note, h&#233;las ! La sacro-sainte note, je l'ai parfois maudite, souhaitant que les &#233;l&#232;ves apprennent pour le plaisir ! La note qui, avouez-le, ne p&#232;se que du vent en pouvoir d'achat. Mais elle vous enseigne le prix du travail. Demain, le client, l'employeur retiendra sur votre salaire tr&#233;buchant la monnaie de vos erreurs !&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Pourquoi la marge de correction se situe-t-elle &#224; gauche sur les copies ? Le stylo du prof doit rebrousser en amont de sa lecture pour &#233;crire une appr&#233;ciation. A droite, la marge accompagnerait mieux le mouvement du texte : plus &#233;conome de temps, m&#234;me s'il ne s'agit chaque fois que d'une infime demi-seconde ; multipli&#233;e sur des piles de pages, combien de minutes ? Puisque j'entendais corriger d'urgence afin de rendre les devoirs au plus vite, le taylorisme commandait de d&#233;plier puis retourner les feuilles de copie de telle sorte que la marge se trouve enfin &#224; droite. Cette coquetterie devint ma marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma carri&#232;re chaotique, j'eus aussi &#224; enseigner, trop rarement car j'ai aim&#233; cet &#226;ge, des coll&#233;giens ; leur programme les soumet aux dict&#233;es, r&#233;citations, exercices de grammaire.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
La dict&#233;e tomb&#233;e du ciel, contr&#244;lant lors d'un examen les performances de l'&#233;l&#232;ve, dict&#233;e sanction, dict&#233;e pi&#232;ge, m'a toujours paru d'un int&#233;r&#234;t p&#233;dagogique nul. Je lui pr&#233;f&#233;rais la dict&#233;e pr&#233;par&#233;e dont l'usage venait d'appara&#238;tre. La classe examine ouvertement le texte, en r&#233;alise les difficult&#233;s, demande explications, remarque la ponctuation, la m&#233;morise, d&#233;busque les subtilit&#233;s &#8211; et le tableau noir joue alors grand r&#244;le avec le soin de n'y jamais inscrire d'erreur ! Puis la feuille blanche et la dict&#233;e. Il reste des bavures ? C'est que l'explication est mal pass&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Souvent, j'organisais une correction crois&#233;e : les &#233;l&#232;ves &#233;changeaient leur feuille de fa&#231;on al&#233;atoire et chacun devait lire et souligner les erreurs qu'il d&#233;tectait dans un autre devoir que le sien. Jusqu'&#224; la notation qui exigeait qu'on distingue le bar&#232;me de l'usage et celui de l'accord. Ma propre correction ensuite engendrait deux notes pour chacun : celle de la dict&#233;e &#233;crite, celle de la dict&#233;e lue. Ce rite, me semblait-il, faisait plus activement entrer dans cette fichue orthographe devant laquelle tous ne sont pas &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
J'utilisais semblable fa&#231;on pour rendre moins molle la c&#233;r&#233;monie solitaire de la r&#233;citation. Comment en faire une activit&#233; commune ? D&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance, j'amenais la classe &#224; d&#233;terminer comment estimer cette &#233;preuve singuli&#232;re : un &#233;l&#232;ve qui d&#233;bite devant tous les autres un po&#232;me appris par c&#339;ur ! S'agit-il d'&#233;valuer la m&#233;moire seule ? Mais la clart&#233; de la diction, le d&#233;bit, silences et ralentis ? Ou la fa&#231;on de se tenir physiquement debout en posture d'autorit&#233; ? L'interpr&#233;tation enfin, l'&#233;motion traduite et impos&#233;e &#224; l'auditoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Nous d&#233;cidions ainsi d'&#233;valuer la r&#233;citation en quatre quarts &#233;gaux : m&#233;moire, d&#233;bit, attitude, interpr&#233;tation. Et chacun devait ainsi consigner les quatre notes qu'il d&#233;cernait aux cinq ou six interrog&#233;s successifs. Je ramassais ces r&#233;sultats. J'en tirais trois au hasard et, comparant ces appr&#233;ciations, fixait ma note d&#233;finitive qui le plus souvent en rejoignait la moyenne. Ainsi la r&#233;citation concernait la classe enti&#232;re, &#233;veillait un public ; de plus connaissant d&#233;sormais les r&#232;gles du jeu, chacun comprenait comment mener cet exercice de sensibilit&#233; plus que de m&#233;moire m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Pendant cette &#233;preuve, je me tenais au fond de la classe : cela for&#231;ait l'&#233;l&#232;ve &#224; parler haut. Bien s&#251;r, le premier rang soufflait parfois, bons camarades. Je faisais volontiers celui qui n'entendait pas. Quitte &#224; f&#233;liciter ensuite le b&#233;n&#233;ficiaire d'avoir utilis&#233; l'aubaine avec gr&#226;ce. Au jeu d'apprendre, tricherie a sa place. Je l'accepte avec indulgence depuis que pour une interro d'Histoire aux batailles compliqu&#233;es, je m'&#233;tais fabriqu&#233; de ces billets secrets cach&#233;s dans les manches, qu'on appelait des pompes. &#199;a, j'y avais mis du soin ! Tellement que je n'eus pas &#224; m'en servir : je me souvenais de tout ce que je m'&#233;tais escrim&#233; &#224; recopier en miniature. J'appris ainsi qu'il restait encore plus simple d'apprendre mes le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informatique arriva peu avant ma retraite. L'ordinateur, outil bouleversant, je regrette d'en avoir dispos&#233; si tard. Et jamais de l'Internet qui modifie aujourd'hui beaucoup d'approches.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Un modeste PC arm&#233; d'un traitement de texte permet de mettre en &#339;uvre &#233;l&#233;gante (et rapide !) des exercices cibl&#233;s comme ceux que je composais pour mes &#233;tudiants en Travaux Dirig&#233;s &#224; l'Universit&#233;. Ou de disposer pour des lyc&#233;ens d'un contr&#244;le de lecture de fa&#231;on claire et d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Je ne sais si l'informatique changera les m&#233;thodes mais j'ai mesur&#233; qu'elle accro&#238;t les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Un exemple me le fit comprendre : lorsqu'un professeur rend compte d'une dissertation, il applique un certain rituel ; sollicitant la classe, il lui fait imaginer un plan dress&#233; au tableau noir, enrichi de d&#233;tails et d'exemples illustrant chaque partie. Il signale au passage les erreurs commises. Puis il d&#233;clame les meilleurs passages, morceaux de bravoure, de quelques devoirs en &#233;grenant le palmar&#232;s&#8230; Cela reste entre les murs.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Un jour, j'ai eu l'id&#233;e de saisir ces morceaux de bravoure puis de les disposer, de les organiser bout &#224; bout pour obtenir un corrig&#233; mod&#232;le gr&#226;ce &#224; la facilit&#233; du couper-coller informatique ! Bien s&#251;r, ici et l&#224;, j'ajoutais un peu d'huile de mon cru : ces gouttes-l&#224; figurait en italique. Mais enfin, le devoir id&#233;al &#233;manait bien de la douzaine d'&#233;l&#232;ves dont les noms figuraient au bas de la feuille imprim&#233;e que je distribuai &#224; l'issue du cours.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;
Le r&#233;sultat m'enchanta. Cette initiative lan&#231;a une &#233;mulation inattendue : chacun de soigner son prochain devoir dans l'espoir d'entrer dans l'anthologie du corrig&#233;. Je soup&#231;onne qu'ils montraient &#231;a avec fiert&#233; aux parents, impressionn&#233;s de voir leur enfant ainsi distingu&#233; d'une signature noir sur blanc, qui a plus de panache que l'abstrait d'une note.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Y a-t-il une p&#233;dagogie universitaire ? Cela ne m'a jamais souci&#233; ; j'ai surtout travaill&#233; dans des universit&#233; anglophones ; le fran&#231;ais ne s'y enseigne que comme langue &#233;trang&#232;re, mati&#232;re &#224; option et non fondamentale. De plus mes &#233;tudiants poss&#233;daient des comp&#233;tences linguistiques et mon r&#244;le se bornait &#224; les former &#224; devenir eux-m&#234;mes des enseignants pratiques. Par nature donc, les effectifs de mes auditoires se trouvaient r&#233;duits : des fourn&#233;es de quatre &#224; quinze individualit&#233;s ! Leur app&#233;tit d'apprendre, l'isolement sur les campus, en faisait vite des amis ; j'inventais des exercices individuels &#224; la carte. Bien s&#251;r, quelques incontournables conf&#233;rences. Mais puisqu'il s'agissait l&#224; moins de savoir que de savoir-faire, je privil&#233;giais les travaux dirig&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mes souvenirs d'&#233;colier ? &lt;/h2&gt;&lt;p align=justify&gt;
J'essayais de ne conserver aucun vestige de ces m&#233;diocres ann&#233;es de ma scolarit&#233; secondaire (alors payante, sauf pour les boursiers dont j'&#233;tais&#8230;) tout juste aptes &#224; soulever l'ennui et pire, &#224; susciter la moquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt; Leurs interventions &#233;crasaient les heures dans un climat d'hostilit&#233;. La terreur scandait les interminables r&#233;citations de le&#231;ons, corrections d'exercices ; Il nous fallait psalmodier debout en solitaire devant toute la classe des bouquets de th&#233;or&#232;mes, certes, mais aussi des kilom&#232;tres de d&#233;clinaisons, de verbes pr&#233;tendus irr&#233;guliers, de dates, de pr&#233;fectures &#8211; et la plupart du temps le ma&#238;tre gardait l'&#339;il sur le livre pour v&#233;rifier notre r&#233;ponse ; ce geste constituait l'aveu que l'enseignant ma&#238;trisait mal les connaissances qu'il exigeait de ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;La p&#233;dagogie restait &#224; na&#238;tre. Nos ma&#238;tres en avaient-ils l'ambition ? Ils se bornaient &#224; remplir les t&#234;tes. On ne devait gu&#232;re leur demander plus. Aujourd'hui, je me demande sur quelles qualifications ils &#233;taient recrut&#233;s ; curieux qu'en sept ans, je n'ai aper&#231;u aucun de ces Inspecteurs G&#233;n&#233;raux cens&#233;s &#233;valuer le travail des professeurs. Ancienne institution des J&#233;suites chass&#233;s de France au d&#233;but du si&#232;cle, notre &#233;tablissement &#233;chappait-il &#224; la r&#232;gle ? Il pr&#233;parait certes au bac mais se d&#233;nommait modestement Coll&#232;ge car en province il n'existait alors qu'un Lyc&#233;e par d&#233;partement, cr&#233;ation napol&#233;onienne, situ&#233; en Pr&#233;fecture. De plus, une administration un peu particuli&#232;re g&#233;rait ce coll&#232;ge public, semble-t-il : par exemple, le principal exploitait l'internat &#224; son compte personnel. En achetait-il le droit de fermage comme le bruit en courait ? Il y en eut un qui engraissait des cochons avec les restes de la cantine. Sa maritorne d'&#233;pouse officiait aux fourneaux. Balzac que je d&#233;couvrais alors ne me parut gu&#232;re exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;M&#233;diocrit&#233; de leur enseignement : aucune flamme, sanctions et pas d'&#233;mulation ; avec le temps je me suis aper&#231;u de leur inculture &#8230; Ils m&#233;ritaient nos chahuts. Le prof de math nous lan&#231;ait les cahiers au visage : il m'a d&#233;cid&#233; &#224; lui pr&#233;f&#233;rer latin grec. Un autre, grammairien, dictait des heures durant, les couilles cal&#233;es sur le coin des pupitres &#224; hauteur de sa braguette. L'angliciste s'endormait au milieu de ses propres phrases. Le moniteur de gymnastique organisait des tricheries pour emporter des matchs interscolaires. Le musicien se rasait le front pour para&#238;tre intelligent. On l'avait vu dans le ruisseau du stade se battre avec le facteur qui lui piquait sa femme. L'antique prof de dessin n'avait pas besoin de surnom : elle s'appelait Mademoiselle Pitre.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Seule &#224; &#233;chapper &#224; cette galerie de grotesques, une femme enfin, l'&#233;l&#233;gante Madame Martin enseignait les lettres en seconde. Manifestement parachut&#233;e dans notre sous-pr&#233;fecture, puisqu'elle suivait son mari procureur. Elle irradiait noblesse et culture mais, tenue par les contraintes des familles et emplois du temps, elle resta trop lointaine pour devenir un mod&#232;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#224; mon ami Jean-Pierre Adalb&#233;ron&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 8 : L'Assoiff&#233; se noie dans le puits.</title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1410</link>
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		<dc:date>2021-07-05T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La vie vainqueure&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1410-f9a6b.jpg?1769806558' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ASSOIFF&#201; SE NOIE DANS LE PUITS&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; glisse-t-il ? Ici la terre est saoule.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; glisse-t-il ? Cette margelle est s&#232;che,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ce puits sans fin, ce vertige sans fond.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'herbe, la gramin&#233;e bonne &#224; fouler&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;se perd. La pierre manque &#224; ses souliers.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; glisse-t-il ? Pour lui la terre est saoule. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il court, il crie, il croit qu'il s'accrochait &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;aux moissons crissantes, aux ruisseaux verts,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; la patience oubli&#233;e des chevaux. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tous les &#233;pis parlaient par ma bouche, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;mais dans l'odeur p&#233;trifi&#233;e des lavandes &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;l'infini mesure sa d&#233;mesure. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il crie. Tu cours, et tu cries qu'il s'accroche&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; la poulie, aux cha&#238;nes, au crin des ronces,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;aux si fi&#233;vreuses parois, aux parures,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; vos souvenirs de paille et d'&#233;pi.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais lui, la soif l'enfonce dans le puits, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le feu le fuit, m&#234;me la poulie tourne,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le fer pourrit comme le bl&#233; s'&#233;gr&#232;ne ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;la ronce n'est que crini&#232;re d'&#233;pines &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et l&#224; ses mains coulent apr&#232;s son corps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;comme un d&#233;sespoir souple de racines. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il pend &#224; quelle chaine de lumi&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et de t&#233;n&#232;bre, lui qui se jeta&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;entre ciel et ciel, car le ciel en bas&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;n'en finit jamais, n'aurait plus d'&#233;clat,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;entre ciel et ciel et la pierre autour.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il glisse et tu cries, tu cries et tu cours&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et tu vois ses bras au centre des gerbes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;des haillons de bl&#233;, des bouquets de l'eau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et l'eau s'est ferm&#233;e sans une blessure.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La poulie attend la chaine ou le crin&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et tu cries : que celui qui a des mains&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;se retienne m&#234;me &#224; ces pourritures !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1409' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;m&#233;nagement, p.60 du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ici se clot, Il, le second recueil de Robert Vigneau, publi&#233; par un &#233;diteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 7 : L'impatient.</title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1409</link>
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		<dc:date>2021-07-04T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#8230;&#233;clairante et ti&#232;de&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1409-8155e.jpg?1769806345' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'IMPATIENT&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il fixe la nuit en face.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle passe dans ses yeux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;comme larmes int&#233;rieures,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;elle jaillit, elle rampe,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;elle coule dans son c&#339;ur.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Lui murmure : j'attendrai. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il s'approche d'une lampe &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il se regarde le corps.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;En l'espace de ce corps,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;trop d'&#233;t&#233;s et trop de glace&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;se sont incarn&#233;s d&#233;j&#224; :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le muscle a laiss&#233; sa gloire. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Lui murmure : j'attendrai.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un matin passe le soir, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;c'est toujours la vie encore.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il inspecte son visage &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;par les visages d'autrui :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;leur respect l'&#233;rige en &#226;ge,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les enfants baissent sans bruit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les paupi&#232;res sur leurs jeux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;quand il se penche sur eux. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il murmure : j'attendrai,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;j'attendrai, je t'attendrai. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mes doigts et ma bouche sont embourb&#233;s de la nuit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce soir sans raillerie je sens que la vie me fuit.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je suis si fatigu&#233; de mon d&#233;sir p&#233;rissable&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;que ma langue me para&#238;t plus vieille que le sable.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je voudrais Te chanter, Toi que je n'ai pas tenue&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;je n'ai connu que ma passion au langage nu. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pourtant je n'ai v&#233;cu que pour retrouver Celle,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;celle dont mon c&#339;ur garde le mod&#232;le.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O mes l&#232;vres inutiles et vou&#233;es au froid&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;qui n'avez jamais clam&#233; la joie parmi mes joies,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et vous, mes mains qui pendez comme des feuilles mortes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pour n'avoir pas &#233;treint Ses poignets entre deux portes,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;N'avons-nous pas assez fort ni longtemps patient&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pour offrir enfin notre ferveur &#224; Sa clart&#233; ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O toi, &#233;clairante et ti&#232;de &#224; la croix de ma route,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;accueilleras-tu ce froid, cette nuit et les doutes ?&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IL,}} d&#233;m&#233;nagement, p. 58 du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 6 : Le Gisant.</title>
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		<dc:date>2021-06-30T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Gloire aux m&#233;tamorphoses de la vie !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1408-4bd00.jpg?1769806558' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE GISANT&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Terre, si je m'&#233;tale sur ton ventre, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;s&#232;ves et travaux se couchent en moi. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fatigue du temps tourn&#233;e en poussi&#232;re,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;je sens monter la plainte d'anciens bois&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;par ces racines d'ombre qui m'attellent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; tel charroi de cendre et de charbon.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au sein du limon, sous l'&#233;cume verte&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les troupeaux anciens pi&#233;tinent ma peau&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et leur faim broute &#224; m&#234;me mon &#233;paule &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;jusqu'au silex de l'os, blanche falaise. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parfois enivr&#233;s du sel de mon sang&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;m&#234;l&#233; aux rameaux obscur de la glaise, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ces v&#233;g&#233;tariens titubent et p&#232;sent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;un lointain d&#233;sir rumineur d'azur. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'entends, oh ! j'entends alors l'&#233;pouvante&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;enfi&#233;vrer leurs pas et leurs beuglements&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;flotter lugubres plus qu'un n&#233;nuphar&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sur le dangereux sommeil de l'&#233;tang.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Alors tu fr&#233;mis aux fibres des plantes,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; telle trompe lourde de cadavres,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; ce bruit blanc, blancheur rong&#233;e de larves,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Terre, dont l'&#233;cho gronde en tout mon corps. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est le myst&#232;re de la peur, pareille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;aux premi&#232;res douleurs d'enfantement&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;chez une sourde et muette &#233;coutant&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;son b&#226;tard se fl&#226;trer sous la ceinture ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle ne peut crier &#224; nulle oreille&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les effrois d'amour et de pourriture.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ainsi nous remuent les miettes du temps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; la claire lisi&#232;re des for&#234;ts. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Lorsque la peur traque les herbivores, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les arbres morts se greffent &#224; mes bras.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tant de si&#232;cles lourds les ont p&#233;trifi&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;que la tourbe froide respire encore&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;en regard de telle rigidit&#233;. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pourtant, dans le souvenir de ces palmes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;se d&#233;ploient toujours des fant&#244;mes d'ailes :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;aigrettes h&#233;riss&#233;s par le tr&#233;pas, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;duvet des griffes, morfil des r&#233;miges.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une voli&#232;re magique s'exclame,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;cherchant de loin l'enchantement de l'air.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Souvent s'&#233;l&#232;ve &#224; l'ombre du tapage&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le soir d'un chant plus simple qu'une source. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce chant se love autour de mes art&#232;res &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pour se nourrir au souffle de ma voix.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est le loriot qui sifflait nagu&#232;re &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sur le plus l&#233;ger bourgeon de la joie&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et la m&#233;moire fr&#234;le de sa plainte&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;retient le parfum des fleurs de pommier&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; l'or&#233;e du cimeti&#232;re des plantes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il devine comme un qui va le perdre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le monde &#233;tonnant au seuil de l'&#233;t&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;lorsqu'un soleil neuf p&#233;tille d'abeilles &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et le chien renifle aux touffes des haies&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et le foin s'&#233;prend du pollen d'un lys. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chant du loriot, fl&#251;teau qui s'enivre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;d'un f&#233;tu de paille et des mouches bleues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; l'enlisement final du sommeil &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;tu regretteras l'&#233;vident secret, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;l'incroyable raison de ne plus vivre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tout se tait dans les for&#234;ts anciennes :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les arbres morts se greffent &#224; mes bras&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;mais tout se tait. Tout r&#234;ve &#224; la chanson &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;meilleure que la pluie, &#224; la chanson &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ressuscitant le ciel au sein des glaises.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Feuilles et fruits enfouis se souviennent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;des s&#232;ves &#233;touff&#233;es, mais ils se taisent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et j'entends le silence du charbon. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1407' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;d&#233;m&#233;nagement, p. 55 du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 5 : Le temps. </title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1407</link>
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		<dc:date>2021-06-29T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le temps&#8230;/&#8230;endormi.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1407-ace13.jpg?1769806558' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE TEMPS&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le temps, le temps viendra o&#249; ce corps s'&#233;tendra&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;raide, froid, et plus p&#226;le encore que les draps. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je voudrais m'en aller sans bruit et lentement&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;lentement comme au village l'enterrement&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;chemine dans la fraicheur du premier redoux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je sentirai la s&#232;ve h&#233;siter &#224; mon cou&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et se figer aux doigts par l'int&#233;rieur des veines.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le silence et le froid s'&#233;tendront sous la laine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;jusqu'aux portes du c&#339;ur ouvertes &#224; demi. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce sera le printemps en deuil et en naissance&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et le pass&#233;, mon corps, s'est d&#233;j&#224; endormi.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1406' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;m&#233;nagement, p. 54 du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 4 : Le Compagnon. </title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1406</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1406</guid>
		<dc:date>2021-06-28T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ses pas du c&#339;ur perclus de boue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;toujours, d&#233;j&#224;, ce myst&#232;re de mourir !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH145/arton1406-3dfc4.jpg?1769806558' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/FONT &gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE COMPAGNON&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui tra&#238;ne ses pas de velours&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;dans un royal chemin de fange&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;entre la nuque et le talon ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est le c&#339;ur. Son charroi d&#233;range &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;la boue percluse aux carrefours&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de la conscience et du sommeil,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;la boue, le bois, la loi, la lande, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;l'immobile boue de la viande &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;au seuil sans gloire du sommeil.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Son boitillement nu s'enfonce&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;au fond d'humides raccourcis&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et s'insinue parmi les ronces&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et se lac&#232;re sous la pluie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La nuit et l'eau portant les bruits&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;fi&#233;vreusement &#224; la lisi&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;des sourdes jungles oniriques, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;des intimit&#233;s exotiques, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;notre c&#339;ur marche avec le fr&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;qui nous contemple du dedans. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et lui, notre tra&#238;tre en escorte, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il fait mine de nous quitter &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pour des eaux trompeuses et mortes, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pour des sous-bois gagn&#233;s aux flaques,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;quand nous allons vers les cit&#233;s. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est qu'il ne peut briser sa proie, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sa fraternelle proie compagne, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;que prise au pi&#232;ge du silence&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et du secret ennui de soi.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chemins exacts au rendez-vous,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;vous nous menez vers le silence&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et qu'on &#233;coute, dure loi, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les pas du c&#339;ur perclus de boue. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1405' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; d&#233;m&#233;nagement, p. 52.&lt;/i&gt; du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement , 3 : CORPS.</title>
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		<dc:date>2021-06-27T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;je me cogne au silence&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L149xH150/arton1405-a6aea.jpg?1769806682' class='spip_logo spip_logo_right' width='149' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CORPS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;J'habite une maison que je ne connais pas&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;dont les murs sont pourtant b&#226;tis de ma barbaque ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;je tr&#233;buche de peur d&#232;s qu'un vieux meuble y craque,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;je me cogne au silence aveuglant des repas. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai oubli&#233; l'instant o&#249; se cloua la porte : &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;un marteau r&#233;sonnait sur le rythme du sang&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et ses coups me liaient au destin des cloportes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et l'&#233;cho m'en revient lorsque le froid descend. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L&#224;, j'attends, je m'effraie de parler &#224; moi-m&#234;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;tant le bruit de ma voix pourrait me revenir&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;enferm&#233; dans ce corps sans qu'au bout du car&#234;me&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;la col&#232;re ou la mort je puisse retenir. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1404' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;m&#233;nagement, p. 51&lt;/i&gt; du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 2 : Le Somnambule. </title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1404</link>
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		<dc:date>2021-06-23T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#8230;tirant vers soi !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1404-22ee2.jpg?1769806365' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE SOMNAMBULE&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Sans savoir s'il veille ou s'il dort,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;souvent il se l&#232;ve en silence &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de ce lit &#233;troit mais pr&#233;cis &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;o&#249; sa vie a vir&#233; de bord &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et se d&#233;livre du r&#233;cit. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il &#233;touffe dans l'air trop dense &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pi&#233;g&#233; par l'espace des murs &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;quand le plafond se pr&#233;cipite &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;pour se coucher sur le tapis &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et vient broyer les couvertures &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;autour de son souffle assoupi. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Prisonnier que sa nuit limite,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il voudrait d&#233;rouler les draps&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;dont l'empois presse sa poitrine, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il voudrait que soit aboli&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le silence qui le prendra. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il voudrait, il ne voudrait pas ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ses pieds se collent hors du lit :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;que tout l'air, l'air libre l'inonde !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le ciel entier, de sa narine, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;quelle force l'en d&#233;vergonde ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quelle force, quelle faiblesse&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le tire et le voici debout ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui crie en lui qu'il n'entend rien ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quatre murs emp&#234;chent qu'il sorte&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et il titube tout &#224; coup&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sous tant d'app&#233;tits a&#233;riens &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;qui l'asphyxient et il se blesse&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;l'&#233;paule &#224; tant pousser la porte&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;qui s'ouvrait en tirant vers soi.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1403' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;m&#233;nagement, p. 49&lt;/i&gt; du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;logo : d&#233;tail d'un portrait de R.V. (1967) par Ren&#233; Bessi&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;m&#233;nagement, 1 : Pr&#233;sage. </title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1403</link>
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		<dc:date>2021-06-22T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vers l'autre bord de l'existence&#8230;/&#8230; il d&#233;m&#233;nage la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1403-0b5c2.jpg?1769806413' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PR&#201;SAGE&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Il d&#233;m&#233;nage la poussi&#232;re, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il abandonne sa demeure.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quel homme sait comment il meurt&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;lorsqu'il s'&#233;carte de son toit ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voici laiss&#233;es les heures lisses, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;chu le vent tavelant les tuiles, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le vent, le temps, tout ce qui glisse,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;voil&#224; des livres sans lecteur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; pareils aux pav&#233;s d'une voie&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de marbre, ancienne et inutile. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il d&#233;m&#233;nage la poussi&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il d&#233;chire entre ses doigts&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;un collier de perles fausses ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;elles roulent sur le bois &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;comme un signe de rivi&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Juste alors l'ann&#233;e s'installe &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;dans les hurlements du port. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les cargos aux voix de guerre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;en grandes orgues navales ! &#8211;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;saluent l'an touch&#233; &#224; mort, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;du sommeil des gens de terre !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il d&#233;m&#233;nage la poussi&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il pense : combien de maisons&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; avant d'entrer dans la derri&#232;re,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;combien de fen&#234;tres offertes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sur les visages, les saisons &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;avant la nuit ? Pourquoi chancelle-&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;t-elle celle autrefois ouverte &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;parmi les palmes et l'olive &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;face au refuge aux hirondelles !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il est au centre et sur la rive.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cet instant &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;que le fl&#233;au de la balance &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;tr&#233;buchait sous le poids du temps &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;vers l'autre bord de l'existence ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1402' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL,&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;m&#233;nagement, p. 47&lt;/i&gt; du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Caserne, 6 : Lecture</title>
		<link>http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1402</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1402</guid>
		<dc:date>2021-06-21T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Vigneau</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Silence d'outre-tombe !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?rubrique52" rel="directory"&gt;Nostalgie 2 : il&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.robert-vigneau.fr/blog/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1402-067ab.jpg?1769806558' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LECTURE&lt;/h2&gt;&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Des fois il cherche dans&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le livre l'interligne&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;blanc, prisonnier des signes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;o&#249; celui qu'il attend&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;d&#233;livre son visage, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;son appel endormi &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;dans les rangs des fourmis &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;qui traversent les pages&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;depuis les premiers temps, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;mais entre les cantiques &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ne fut enseveli que&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le d&#233;sert &#233;vident.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.robert-vigneau.fr/blog/spip.php?article1401' class=&#034;spip_in&#034;&gt;IL&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;caserne, p. 44&lt;/i&gt; du recueil IL, &#233;dit&#233; par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l'&#233;p&#233;e dans la Collection &#034;Prenez garde aux yeux bleus&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;FONT COLOR=WHITE&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/FONT&gt;&lt;/div&gt;
		
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