Locos

Or plein de quoi, ma narine ?
Plein de vos rudes fumées,
Mes vieux monstres, mes machines
Ferroviaires bien-aimées !
J'écoute rouler en moi
Vos noirs, vos rouges accords,
Locos-dragons d'autrefois.
De vos feux je brûle encore.
L'huile et le fer furibonds
Me font frémir de leurs fêtes.
Le parfum de vos charbons
Sans fin me monte à la tête.
Quand je m'endors, me traversent
Les galops toujours présents
Des nostalgiques express
De mes jours adolescents.
Je m'enfonce et les entends.
Leurs tintamarres de fuite
Me rapatrient dans le temps
D'un enfant cosmopolite,
L'enfant fugueur que je fus.
Passent des songes de cendres
En moi, adulte fourbu
Des trains que l'enfant dut prendre,
Fourbu des fidélités
Des locos qui venaient boire
A mes paternelles gares
Et m'ont si mal emporté .