Fumées

Fumées de mauvais bois mêlées au gel dans l'aube
Je vous salue du train qui réveille les pauvres.
On ralentit passant des banlieues de bidons
Qu'étreint l'odeur des feux. Un peuple à croupetons
Rêvasse de sommeil autour d'un brasero.
Dormir les délivrait de vivre en lent supplice
Le ciel d'acier. Sous des chiffons, ils se blottissent.
La patience des chiens leur arrondit le dos.
Leurs enfants demi-nus lumière du limon
Replient leurs poings noirauds tremblant sur leur poitrine.

Je vous ai respirées, buées de brousse d'aube,
Aux avares flambées des tiges du sorgho.
La nuit basculait vite en jour sous les tropiques
Où ruminant leur faim, ciel d'acier pathétique,
Les miséreux parés de bimbeloteries
Turbans, bijoux sonores, envols des draperies,
Parfumés de fumée comme leur bain de l'aube,
Les miséreux s'offraient un gobelet d'eau chaude.
Dieu est grand, disaient-ils. Ils osaient la parole.

Je n'ose plus parler. Ce matin je partage
La fumée d'un voisin dévot jusqu'à la rage.
Il me tendra un thé sur son livre d'école
Cet étudiant si noir à l'âme translucide :
Je lui vois l'éternel brûler entre les cils.